lundi 23 août 2021

Comptage Vautours fauve

 Comme chaque année maintenant, un comptage des Vautours fauve présents dans les Alpes en été est organisé. Les vautours sont de retour dans les Alpes depuis 2003 : ils viennent y chercher de quoi se nourrir durant l'été. Donc, les dortoirs sont repérés tout au long de l'année et il s'agit ensuite de les compter en simultané pour estimer le nombre d'oiseaux présents dans chaque département.

Les résultats sont assez fluctuants d'une année sur l'autre, à cette échelle, car il suffit d'un attrait particulier ce jour-là pour un site pour vider les sites voisins de ses effectifs... 

Le bilan est en cours de réalisation. Pour notre part, nous étions postés au dortoir du Roc de Belleface, dans le secteur du Petit Saint-Bernard. Par beau temps, la journée a été encore une fois un régal avec de nombreux Vautours fauve, mais aussi des Gypaètes barbus, des Aigles royaux et même des Vautours moines. Quelques petites photos, du neveu : 


Gypaète barbu

Aigle royal

Duo d'Aigles royaux

Symétrie de Gypaètes barbus

Duo de Gypaètes barbus

Vautour fauve


dimanche 18 avril 2021

La nature pourrait casser des briques

 Parfois, la nature casse vraiment des briques, mais ne s'en sert pas du tout. Regardons par exemple ce bout de bois collé à un pied de chaise : en fait de bout de bois, il s'agit d'un papillon "nocturne", une Cucullie (quel nom!), probablement la Cucullie du bouillon blanc, ou "Brèche". Cette espèce déploie de véritables trésors de camouflage. Mais cet individu adopte une stratégie bien singulière. Au lieu de passer la journée posée contre l'écorce d'un arbre, où il serait pour ainsi dire invisible, il s'est posé à quelques centimètres de là, sur un pied de chaise, où je me suis bien demandé comment ce bout de bois avait pu aller s'accrocher là, avant de distinguer des pattes etc. C'est un petit peu comme si une hermine, en hiver, refusait catégoriquement de marcher sur la neige.

Cucullia sp.

Cucullia sp.



mercredi 24 mars 2021

En cherchant Carmen - la Gypaète connexion

Carmen est un Gypaète barbu né en 2019 dans un zoo tchèque, et réintroduit dans les Baronnies. L'objectif à terme de ces réintroductions est de connecter les populations de Gypaètes entre les Alpes et les Pyrénées, notamment... L'idée étant de permettre des échanges de populations qui, pour le moment, n'ont pas lieu, et de favoriser la diversité génétique et donc la bonne santé de l'espèce. La stratégie est de réintroduire des individus dans les Pré-alpes et dans le Massif Central (Grands Causses), en espérant que, adultes, ils reviendront s'y reproduire (grâce à la philopatrie = ces oiseaux aiment revenir proche de là où ils sont nés ou ont grandi), et que ces populations servent de rampe de lancement des Pyrénées vers les Alpes et vice versa. La plupart de ces oiseaux réintroduits sont équipés de balises GPS afin de pouvoir suivre leurs déplacements.

Ces derniers jours, le signaux envoyés par la balise GPS de Carmen sont anormaux, en stagnation en Maurienne. Deux hypothèses : 

  • elle s'est débarrassée de sa balise, et poursuit son bonhomme de chemin dans le massif ou ailleurs. On espère alors qu'elle sera identifiée prochainement par quelque photographe... Elle a la tête noire, puisque née en 2019, et son marquage alaire était toujours présent en février, donc a priori assez facile à reconnaître (image et photo ci-dessous)
  • elle est en difficulté...

 

Suivi sur le site de Vautours en Baronnies

J'ai croisé Carmen au printemps 2020...


Nous sommes déjà plusieurs à être allés sur site pour essayer de la retrouver, et pour le moment les recherches sont infructueuses. 


Ça reste l'occasion d'une bonne journée en montagne et de faire quelques belles observations

Jeune Gypaète barbu et un Aigle royal au fond

Né en 2019 comme Carmen


Jeune Aigle royal


expulsé par les Gypaètes alliés avec un Grand Corbeau


C'est bien l'Aigle qui va quitter les lieux

Gypaète barbu adulte

Merle à plastron

Bruant fou





lundi 8 mars 2021

Sciences participatives

Vigie-Nature 

 

Ici, on pense que les sciences sont l'affaire de toutes et tous (même les femmes, soit dit en passant aujourd'hui)... C'est beaucoup trop sérieux pour être laissé aux scientifiques, non? Bref! Je présente ici quelques (quelques!) outils existants pour que chacun et chacune puisse faire avancer à la fois la science et ses propres connaissances.



Sciences citoyennes

https://sciencescitoyennes.org/ 

Lire la charte de l'association. Je considère pour ma part qu'un Conseil Scientifique Citoyen doit être instauré, tiré au sort et permanent, chargé d'éclairer la décision publique sur les enjeux de société. Cela postule la compétence citoyenne à faire des sciences ; mais c'est en toute logique le même postulat qui conduit à l'instauration du droit de vote, cela ne devrait rien avoir d'extraordinaire, et pourtant...


Faune-france

https://www.faune-france.org/

Pour saisir et consulter les données concernant la faune sur le territoire. Pas besoin d'être spécialiste pour saisir les données (directement sur le site ou via l'application Naturalist)... Tout le monde n'est pas forcément d'accord avec cette conception des choses, mais les erreurs font également avancer la science! En effet, par exemple : saisir une donnée d'un papillon observé à une période où il n'est pas possible de l'observer permet de mesurer pour quelles espèces les erreurs sont les plus courantes.


Orchis-sauvage

https://www.orchisauvage.fr/index.php

Même principe, mais pour les orchidées.


Xeno-canto

https://www.xeno-canto.org/

Collection de chants d'oiseaux, par des ornithos experts ou débutants...


Vigie-Nature

http://www.vigienature.fr/fr

Une multitude de programmes participatifs sont présentés (Oiseaux des jardins, opération papillons, vigie-chiro, etc.). Là encore, pas de pression, débuter n'est pas un problème, bien au contraire...


Les Herbonautes

https://www.mnhn.fr/fr/participez/contribuez-sciences-participatives/enquete-collaborative-herbonautes

Le Muséum National d'Histoire Naturelle (MNHN pour les intimes) a numérisé plus de 6 millions d'images de plantes et leurs étiquettes. Il s'agit de reporter les indications des étiquettes dans une base de donnée. Pas d'expertise requise, encore une fois, on n'est pas à l'abri en revanche de prendre goût à la détermination des plantes... Ils ont calculé qu'il faudrait 500 ans à une personne seule pour effectuer ce travail. Autant s'y mettre à plusieurs...


Tela-botanica

https://www.tela-botanica.org/thematiques/sciences-participatives/

On reste dans les plantes. Regroupe plusieurs programmes participatifs (observatoire des saisons, observatoire des messicoles, ...). Toujours le même principe, on apprend en participant à l'accumulation des connaissances, par exemple en prenant en photo les plantes observées autour de nous, et en tentant de les identifier et de les faire valider par ce réseau de botanistes...


Phénoclim

https://phenoclim.org/fr

Ici, l'objectif est de contribuer à mesurer l'impact du changement climatique sur la faune et la flore en montagne... 


Science-ensemble - Portail sur les sciences participatives

https://www.science-ensemble.org/les-sciences-participatives

pour aller plus loin...

lundi 18 janvier 2021

L'invention de la science

 

Avant-lecture de cet ouvrage de l'historien Guillaume Carnino, L'invention de la science, publié en 2015 au Seuil. 


« La science a prouvé que… »

D’où nous vient cette idée selon laquelle la science serait garante du vrai ?

 

Médiateur scientifique de métier, je ne m'attendais pas (pour être honnête : si, un petit peu quand même) à me heurter aussi sèchement durant cette crise sanitaire à un mur de "défenseurs de la science" aussi dur. 

 

En postulant leur sincérité et la mienne, comment expliquer que nous défendions, au nom des mêmes principes, a priori, des positions diamétralement opposées? C'est que l'expression "a priori" est le terme le plus important de la phrase. En réalité, la science est le contraire de la science. Ça a l'air de ne rien vouloir dire, mais c'est parce qu'il manque une définition aux mots. Et c'est quelque chose que la démarche historique m'a toujours semblé apporter : il faut des éléments de comparaison pour bien comprendre de quoi on parle, et les lieux communs (d'une époque, d'une communauté, etc.) ne sont pas forcément les lieux communs des autres. Tout doit être compris ici et maintenant, et rien n'est universel et éternel. "Le point de vue fait l'objet". En l’occurrence, "science" aujourd'hui ne veut absolument pas dire ce que "science" voulait dire au XVe siècle, par exemple. Et dans les premières pages de ce livre, Carnino évente le contresens que nous faisons aujourd'hui en citant Rabelais et son fameux "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" : il ne voulait pas du tout dire ce qu'on pense qu'il a dit aujourd'hui.


Bref, la science? J'en ai donné une définition personnelle au moyen de différents articles dans l'année écoulée. Mais ma conception de la science n'est pas du tout celle des "défenseurs de la science" qui usent à tour de bras du registre : "la science a prouvé que". Dans ce cas, la science est en effet définie comme garante du vrai, du moins de la connaissance, de la compétence, de l'expertise, de la technicité ; et la "détenir" est un objet de pouvoir pour ne pas dire de domination. On sait, ou on ne sait pas. On peut savoir plus ou moins. Mais l'expertise (au moins présumée) détermine le rang social. Les ignares, idéalement, devraient ne pas avoir leur mot à dire. La science est en réalité l'instrument d'un despotisme éclairé, qui ne dit pas son nom, mais qui est bien tel. D'ailleurs, c'est la science qui règle le devenir scolaire puis professionnel des futurs adultes, et les envoie vers les classes dirigeantes ou ailleurs, par le biais de l'école chargée de produire l'illusion d'une démocratie. Il est parfaitement limpide de retrouver Jules Ferry comme acteur de l'invention de la science comme garante du vrai, puisque c'est également un des acteurs de l'invention de la fausse démocratie. C'est lui et ses amis du "centre-gauche" qui ont instauré un régime dit "républicain", pour sauvegarder les grands intérêts, et faire croire au petit peuple qu'il était libre ; en donnant à l'école et plus particulièrement aux instituteurs la mission en remplacement des curés d'enseigner aux pauvres la résignation sociale. Les curés disaient : "oui, tu es pauvre, mais tant mieux, car après, au Paradis, tu seras bienheureux" ; les instituteurs ayant pour mission de faire croire au mythe de l'élévation sociale : "oui, tu es pauvre, mais si tu travailles bien, tu seras un peu moins pauvre que ton père". 

"La science a prouvé que" revient strictement a "Dieu a dit". C'est la traduction moderne de la même phrase. Le vrai et la morale en découlent. 


A l'opposé d'une science comme outil de domination, je considère moi la science comme un outil d'émancipation. Une démarche, non pas réservée à une élite, non pas vouée nécessairement à l'expertise, une démarche qui traverse au contraire l'histoire de l'humanité avant même Homo sapiens (voir le rôle du pistage dans la naissance d'une démarche "scientifique" chez Morizot), qui ne cherche pas à déterminer le Vrai, mais au contraire à le remettre en question. La science, ici, c'est la formulation d'hypothèses, c'est la pensée spéculative, l'imagination, le renversement des idées reçues et établies. La science, c'est la démocratie ou l'anarchie (voir la démocratie chez les abeilles). Tout le monde peut et doit en faire. Tout le monde peut et doit se poser des questions, et c'est plus essentiel que de trouver des réponses. Les réponses périssent, toutes, avec le temps. Il n'y a donc pas lieu de se laisser impressionner par "la science a prouvé que". 


Tout le week-end, les "défenseurs de la science", qui font habituellement la chasse aux prétendues "fake news" "anti-science", ont diffusé sur les réseaux sociaux une fausse nouvelle aussi fausse que stupide. Selon eux, Didier Raoult vient d'avouer dans une publication que l'hydroxychloroquine ne marche pas. En réalité, l'équipe de l'IHU a publié un article à propos de leur premier essai sur 42 patients, un effectif très réduit qui avait à l'époque permis de faire apparaître une différence significative pour leur traitement concernant la baisse de la charge virale. Cependant, sur ces 42 patients, il y a un nombre très restreint de morts, évidemment ; et donc, il est absolument impossible de montrer une différence significative du traitement sur la mortalité, ce qui est écrit dans l'article. Et tous ces "zététiciens", "anti-conspi", "chasseurs de fake news" et "défenseurs de la science" concluent que Didier Raoult avoue que son traitement ne marche pas. C'est ahurissant de ridicule. Mais, comme ils ont décrété dès le début du printemps que "la science a montré que HCQ ne marche pas et est dangereuse", ils ne peuvent faire marche arrière, et doivent se satisfaire que celui qu'ils ont qualifié de "gourou/escroc/charlatan" d'une secte populiste anti-science fasse son mea culpa. Voilà, pour eux, la boucle est bouclée, leur "science" est sauvée, celle qui savait avant même les études scientifiques comment il fallait protéger les petites brebis égarées.

Manque de chance pour eux, le cumul des études menées dans le monde entier sur HCQ montre qu'il y a environ 200 millions de fois plus de chances de gagner au loto que d'avoir raison en disant "HCQ ne marche pas". En effet, avec près de 200 études, il y a environ 1 chance sur 1 quadrillion qu'un traitement inefficace donne d'aussi bons résultats. Ce n'est pas demain matin que Didier Raoult va devoir faire son mea culpa. Donc, avant d'écouter les diatribes d'Axel Kahn, Thibault Fiolet et autres, il suffit de leur demander la preuve qu'ils ont gagné 200 millions de fois au loto : c'est à partir de ce moment-là seulement qu'ils auront regagné la crédibilité qu'ils ont perdue. Ça laisse de quoi voir venir.

Leur science paternaliste et moraliste jette par-dessus bord le doute, la mise en question, la pensée critique. Leur laisser le terrain libre présente le risque de voir le public jeter le bébé (la science) avec l'eau du bain (ses prêtres). 

 

Retour, dans quelques jours, après lecture du livre.


vendredi 18 décembre 2020

La démocratie chez les abeilles

2020 n'aura pas été que l'année épouvantable Covid-19 et de son corollaire non indispensable d'une stratégie politique en réponse à cette crise sanitaire nous ayant emmené directement en République d'Absurdistan.


2020 aura également été l'année de l'abeille. Durant le premier confinement, j'ai lu le livre de Morizot dont je tirai la conclusion qu'il fallait trouver l'abeille. L'abeille ayant été par ailleurs trouvée, j'ai lu durant le second (je n'ose dire deuxième) confinement le livre de Thomas D. Seeley, intitulé "La démocratie chez les abeilles" et dont le sous-titre est "Un modèle de société", que l'on peut trouver aux Éditions Quae


Entre temps, une phrase toute bête sur wikipedia avait attiré mon attention : "Les abeilles ont un mode de vie à tendance anarchique d'intelligence collective pour parvenir à un consensus." Je partage plutôt la définition de l'anarchie donnée par Noam Chomsky qui consiste à dire (tant pis si je trahis sa pensée) face à une autorité (généralement auto-proclamée) : "justifie-toi" ; et, dans l'hypothèse (vraisemblable, pour ne pas dire probable) où cette autorité ne parviendrait pas à se justifier, à la renverser. Selon moi toujours, il s'agit également de la définition de la pensée critique, de la science, et de la démocratie. Dure leçon que de constater que les abeilles, Apis mellifera, ces si petits insectes, sont plus scientifiques, critiques, démocratiques et anarchiques que nous, Homo (auto-proclamé, justement) sapiens... Bon. Qu'en est-il vraiment? Ce livre est particulièrement éclairant sur le sujet.


Déjà, c'est un grand livre, un livre exceptionnel. Je n'ai pas souvenir d'en avoir lu des comme ça. L'auteur partage, au milieu de ses exposés scientifiques, de sa joie, du plaisir qu'il prend à s'arracher les cheveux pour les couper en 4. On sent sa passion du début à la fin, passion de faire des sciences, passion des abeilles également. C'est difficile, terriblement difficile, de faire des sciences. L'auteur raconte comment émergent ses hypothèses, comment il doit mettre en place un protocole expérimental pour les vérifier, et à quel point c'est difficile sur le terrain. Mais il aime ça, et c'est extraordinaire. L'auteur raconte également comment sa soif de connaissance du mode de vie des abeilles, et son amour des abeilles, le pousse également à des expériences parfois cruelles (ô combien) pour ces abeilles. Est-ce bien raisonnable et éthique de faire ces choses? Enfin, si ce travail et cette passion lui appartiennent, il ne néglige personne ayant permis de le faire avancer, et il nomme et vante les mérites de tous ses collègues, sans que cela ne soit joué ni feint. La science, c'est le gai savoir sans cesse en construction.

 

Bien. Venons-en au fait. Le problème résolu (au moins en partie) dans ce livre est le suivant : comment un essaim d'abeilles prend-il la décision de s'envoler pour son nouveau logis, en sachant qu'il s'agit d'une décision de vie ou de mort pour l'essaim tout entier? La réponse est stupéfiante : la décision est prise démocratiquement, et est aussi consensuelle qu'efficace.


Résumons. Certaines des butineuses, attirées par les fleurs colorées et ayant bien mangé, deviennent en quelques sortes des expertes de la recherche, et transposent leur expertise en recherche non plus de fleurs colorées mais de gîtes dans une cavité sombre pour y installer l'essaim. Elles deviennent des "éclaireuses". L'essaim suspendu à une branche, en attente d'un gîte, les éclaireuses parcourent des distances faramineuses pour en trouver un qui conviennent. Les éclaireuses ayant trouvé un gîte qui pourrait convenir reviennent à la surface de l'essaim et signalent leur découverte. Le fait qu'elles indiquent la direction et la distance du site par leur "danse frétillante" est assez connu. Qui plus est, elles en indiquent également la qualité, par le nombre de cycles de danse qu'elles font. Les éclaireuses ayant dansé, d'autres éclaireuses à la surface de l'essaim vont inspecter les sites, et, si elles sont convaincues, reviennent également danser les louanges du site en question. Le "miracle" est donc là qu'un petit pourcentage de l'essaim inspecte, fournit des informations à l'essaim et que, à un moment donné, tout l'essaim va partir comme un seul homme, dans une seule et unique direction, qui se trouve être quasiment à chaque fois le meilleur des sites annoncés par les éclaireuses. 

Je ne rentre pas dans les détails, il faut lire le livre. Cependant, certains points soulèvent des questions très importantes de mon point de vue. Par exemple, celui de l'effacement de l'opposition. Une éclaireuse ayant découvert un site qui convient va aller le danser à l'essaim. Elle retournera au site, puis à l'essaim, et ainsi de suite. Cependant, elle va arrêter, et assez rapidement, de danser les louanges du site qu'elle a découvert, qu'il soit de grande qualité ou pas. Conséquence : la promotion de ce site n'est plus assuré que par les éclaireuses qui ont vu sa danse et sont allées elles-mêmes en inspection. Cela permet une vérification de l'information, d'une part, et d'atteindre le plus efficacement possible la décision consensuelle. Il s'agit là d'une différence fondamentale avec notre fonctionnement à nous, et l'autre convoque avec humour Max Planck qui disait : "une nouvelle vérité scientifique ne triomphe point en convaincant ses adversaires, mais plutôt parce qu'ils finissent par mourir ; la nouvelle génération arrive avec le bénéfice de cette connaissance". En effet, les scientifiques (et les êtres humains en général) rechignent à abandonner leurs idées, et les défendent jusqu'à leur mort. Cela retarde l'adoption des idées nouvelles. Les abeilles, elles, abandonnent d'elles-mêmes de défendre leurs positions, et cela très rapidement ; et c'est précisément ce qui les aide à prendre des décisions consensuelles et efficaces. Étonnant, non?


Thomas D. Seeley achève son livre en essayant d'expliquer en quoi les communautés humaines pourraient s'inspirer du processus décisionnel démocratique des abeilles. Il ne s'agit pas, évidemment, d'idéaliser. Simplement de prendre acte que les décisions prises par nos communautés (par exemple en République d'Absurdistan) ne sont pas toujours (voire jamais) consensuelles ni efficaces, et il faut bien explorer des hypothèses pour y remédier. Il l'a, manifestement, pratiqué avec ses collègues, avec succès.

  • avoir un groupe d'individus ayant un respect mutuel et des intérêts en commun. C'est déjà là que le bât blesse dans les communautés humaines : ce n'est pas le cas. Il faut que ça le soit, et cela renvoie aux questions de souveraineté et subsidiarité... à quel niveau doivent être prises les décisions?
  • chercher à ce que le leader n'influence pas la réflexion du groupe. La Reine, bien que condition sine qua non de l'existence de l'essaim, est sans effet aucun dans la prise de décision de l'essaim.
  • chercher des solutions diverses. Il faut beaucoup d'options différentes, et le groupe a là une supériorité évidente sur l'individu, à condition que le groupe admette la diversité des solutions, et n'écarte pas a priori les solutions "minoritaires" ou "farfelues" etc.
  • rassembler les connaissances par un débat, et parvenir à un jugement collectif dénué de pression des pairs 
  • utiliser le quorum pour une décision rapide, précise et solidaire. Atteindre le consensus serait courir le risque de perdre trop de temps pour prendre la décision, et si les points précédents sont respectés, le quorum sera systématiquement pertinent.

 

Parvenir à la prise de décision est un enjeu vital pour l'essaim, et le processus de décision des abeilles a donc été sélectionné par 30 millions d'années d'évolution. Pour notre part, il me semble que nous sommes bien loin de ce niveau de démocratie...

dimanche 6 septembre 2020

Le Sphinx tête-de-mort : de la chute de la chenille à l'envol

Dimanche 12 juillet, une chenille tombe, semble-t-il, de la vigne. C'est une jeune chenille de Sphinx tête-de-mort, la deuxième cette année, mais celle-ci est encore toute petite. Je la replace dans la vigne, elle grimpe mais ne semble absolument pas s'intéresser aux feuilles ni à rien du tout. Je cherche donc les plantes-hôtes susceptibles pour cette espèce. Pas de trace de la vigne. J'avais plutôt des suspicions pour le Catalpa. Après tout, elle a pu tomber en deux étapes, du catalpa sur la vigne, de la vigne au sol. 

En forme après quelques jours de grignotage assidu. En position dite du Sphinx, d'où leur nom

Je cherche donc, et ne trouve rien de concluant, mais en creusant, je vois que le Catalpa est un arbre de la famille des Bignonaceae, et il me semblait avoir vu d'autres plantes de cette famille dans les listes de plantes-hôtes pour S. tdm. J'y retourne : bingo! Le temps de rattraper la chenille qui avait fait déjà pas mal de chemin et qui ne risquait pas de retrouver son catalpa par ici, et je la replace dans le catalpa. 


Quelques minutes après, je la recherche, elle n'est plus là, mais tombée au sol à nouveau, envahie de fourmis en train de commettre une tentative d'acidification. Je la débarrasse de ses agresseurs, et tente de la replacer ailleurs : aussitôt la chenille approchée qu'une armée de fourmis sortent de leurs trous à rats pour attaquer l'intruse pas même encore posée, certainement marquée chimiquement comme un ennemi à abattre pour le clan fourmi.


On rebrousse donc chemin, et l'installe à l'abri des fourmis. Après une semaine, elle a pris en taille, et se porte plutôt bien. Encore du chemin pour atteindre les 13cm de sa prédécesseuse il y a quelques semaines, certainement partie s'enterrer quelque part dans la cour. 


Mise à jour 21 juillet

Après presque 36h de léthargie, la chenille a mué, hier. Elle est repartie en pleine forme, avec une robe plus contrastée.

Fin de mue


Mise à jour 22 juillet

La mue a provoqué un quasi-doublement de taille, et une pigmentation très forte. Quasiment 10cm de longueur maintenant... Bientôt, donc, elle cherchera certainement à s'enterrer, on va lui mettre de quoi faire. En espérant RDV avec l'imago dans quelques semaines.



Mise à jour 28 juillet


Et voilà, elle s'est enterrée. Heureusement, car elle commençait à manger plus qu'il ne tombait de feuilles du catalpa. Ce matin :

En cours d'enterrement

Avant qu'elle ne se confine, sans doute à cause de la peur provoquée par les médias elle aussi, nous aurons pu l'observer pendant 16 jours. Soit la moitié à peu près de sa vie au stade chenille (une trentaine de jours durant lesquels elle passe de 1cm et 2mg à quelques 13cm et 15g. Multiplication du poids par 7500 quand même en 30 jours.)

Maintenant, il faut apparemment compter environ 1 semaine pour qu'elle se ratatine dans la loge qu'elle va se fabriquer, puis 3 à 4 semaines de mue nymphale.

Dernière photo la veille


Et maintenant, on espère voir l'imago. Dans quelques semaines, donc.
 
 
Mise à jour 5 septembre
 
Sortie de chrysalide ce matin, après 39 jours  passés sous terre. L'imago, tête-de-mort, se sèche les ailes tranquillement... Sera-t-il encore là demain ?
 
 



 
Mise à jour du 6 septembre 
 
Logiquement, il lui faut quelques heures à peine pour sécher et vasculariser ses ailes. Après 24h, il n'avait toujours pas, visiblement en tout cas, progressé. Je lui ai installé un bâton pour qu'il puisse aller se percher. Il semble en effet qu'ils affectionnent se percher au point le plus haut, ailes vers le bas, et, la gravité aidant, j'imagine, ses ailes doivent se déployer plus facilement.

Ça n'a pas manqué : il est allé se percher aussi vite. Il déploie ses ailes, lentement très lentement, mais il les déploie. 
 
 
Perché

Dernière vue

Prêt à l'envol


 
Vers 21h, il s'était envolé... Il ne reste plus qu'à trouver en terre son ancienne loge, et le reste de sa chrysalide :